Les droits et les devoirs
Les
cinq repères et limites que sont les principes d’égalité, de
réciprocité, de proportionnalité, de responsabilité et de liberté,
ainsi que les autres valeurs qui leurs sont associées : vérité,
solidarité etc. sont à la fois des droits et des devoirs. Ces droits et
ces devoirs sont intimement liés aux forces humaines à l’instar des
opportunités et des contraintes qui sont attachées aux forces de la
nature. Par exemple la gravitation est à la fois une opportunité pour
les skieurs qui ont le droit de s’élancer sur la piste et une
contrainte, car ils ont le devoir de maîtriser leur vitesse, pour leur
sécurité et celle des autres. Plus généralement on peut dire que les
opportunités et contraintes données par les forces de la nature sont un
droit d’être et d’évoluer et le droit d’être implique un devoir moral
de réciprocité égal à celui des Autres.
Il y a une symétrie entre les droits et les devoirs. Nos droits, comme
nos devoirs, finissent là où commencent ceux des Autres. À première
vue, ces droits et devoirs sont une frontière entre individus, mais en
réalité, ce sont des passerelles qui relient les êtres entre eux. La
symétrie les unit. Ces liens ont un pouvoir immense, celui de
rassembler l’humanité en une véritable communauté. C’est par ces liens
ou passerelles que le tissu social est irrigué.
Il y a une symétrie entre les droits et les devoirs. Nos droits, comme
nos devoirs, finissent là où commencent ceux des Autres. À première
vue, ces droits et devoirs sont une frontière entre individus, mais en
réalité, ce sont des passerelles qui relient les êtres entre eux. La
symétrie les unit. Ces liens ont un pouvoir immense, celui de
rassembler l’humanité en une véritable communauté. C’est par ces liens
ou passerelles que le tissu social est irrigué.
Lorsqu’on brise très légèrement les symétries, les droits et les
devoirs s’humanisent : on y introduit des notions de tolérance, de
pardon et de bienveillance. Avec une légère brisure de symétrie, la
rigidité des principes s’estompe, les liens se renforcent, l’amitié, la
fraternité, la solidarité se développent.
Chacun peut lire ce texte avec les lunettes de ses intérêts. Un juriste
retiendra peut-être l’importance des droits et des devoirs, tandis
qu’un médecin privilégiera l’aspect relationnel que ces
repères-passerelles créent entre lui et son patient. La complexité de
la vie nous interdit de nous fixer trop rigidement sur un seul aspect
de la réalité. Une vision holistique favorise l’approche de la vérité.
Alors que les démocraties ne jurent que par les droits de l’homme, les
philosophes se prennent les pieds dans la rhétorique kantienne des
devoirs de l’homme. Le devoir, nous dit Kant, est « la nécessité d’agir
par respect pour la loi ». Si c’était par respect des lois quantiques
naturelles, alors j’aurais été d’accord avec lui, mais il se référait à
une loi morale « métaphysique » trop pure pour être réelle. De mon
point de vue les devoirs ne sont que l’image inversée des droits dans
le miroir. Ils sont inséparables. Ils découlent du principe de
RECIPROCITE. Le droit de pêcher dans la rivière à côté de chez moi n’a
de sens que si les riverains en amont ont le devoir de ne pas polluer
ce cours d’eau. Le droit de l’un finit là où commence celui de l’Autre.
Je ne suis pas le seul à vouloir taquiner la truite, j’accepte que
d’autres prennent du poisson.
La convention des droits de l’enfant procède des meilleures intentions
: elle donne une liste impressionnante des droits de l’enfant, mais
hélas, ne mentionne aucun de ses devoirs ! Comment a-t-on pu céder à
l’illusion qu’un enfant puisse avoir des droits sans contrepartie, ne
serait-ce que le devoir de respecter les droits des Autres ! Les
enfants ignorent ou sous-estiment leur devoir de respect envers leurs
professeurs. C’est aussi parce que l’on confond l’égalité d’être avec
l’égalité de situation. Les enfants ont le droit d’être et de vivre,
comme les adultes, mais ils ne sont pas leurs égaux. Ils doivent
commencer par apprendre les règles du grand jeu de la vie, par être
instruits sur leurs droits et leurs devoirs. Ils doivent devenir
autonomes, dans la mesure du possible, avant d’être les égaux des
adultes.