La liberté

Lorsque
la symétrie se brise, la nature doit faire un choix entre une solution
possible et d’autres selon M. C. Rubbia. Pouvoir choisir, c’est le
commencement de la liberté. Choisir c’est exercer sa liberté mais c’est
aussi le commencement de la responsabilité car choisir c’est aussi
renoncer à quelque chose.
La liberté est une valeur non normative qui nous permet des actions
positives et/ou négatives. Mais son espace-temps, aussi vaste fut il,
ne lui suffit pas; il lui faut encore un environnement physique plus
ou moins symétrique. Lorsque nous sommes en bonne santé, nous disposons
d’une grande liberté. Par contre, quand nous sommes victimes d’un
accident ou d’une maladie, quand notre équilibre physique ou psychique
est rompu (jambe cassée, coma), la liberté de nous déplacer ou de
parler est atteinte. La liberté dépend donc d’un certain équilibre,
d’une certaine symétrie.
Confinés dans une cellule minuscule, où serait notre liberté d’action?
Dans le désert, nous sommes censés être libres de nous déplacer. Or, le
serions-nous vraiment si nous n’avions que du temps et de l’espace,
mais pas de ressources (eau, vivres, carburant)? L’espace-temps et les
ressources sont intimement liés pour donner une substance à notre
liberté. En l’occurrence, les ressources doivent être proportionnelles
aux besoins du voyage. Si le principe de PROPORTIONNALITE est violé, la
liberté diminue.
Si toutes les prestations que nous fournissons par notre travail
n’avaient pas de contre-prestations salariales ou autres, c’est-à-dire
si le principe de RECIPROCITE était inexistant, où serait notre liberté?
Quelle est la liberté d’un homme sous la torture? Lorsque les rapports
de force sont déséquilibrés, quand le principe d’EGALITE est violé, la
liberté disparaît. Il est commun de dire que notre liberté s’arrête là
où commence celle des autres, mais pour l’homme torturé, sa liberté
commence là où s’arrête celle du bourreau...
Nous sommes libres de choisir la marque de notre véhicule, le modèle,
la couleur, etc. Mais si notre assureur se déresponsabilisait et nous
laissait tomber après que notre voiture ait été incendiée, où serait
notre liberté? Notre liberté dépend des Autres et de leur respect du
principe de RESPONSABILITE.
Nous venons de découvrir que la liberté n’est pas une valeur absolue.
Elle aussi naît avec la brisure de symétrie. C’est par cette petite
fente que le déterminisme disparaît pour céder la place à Madame la
Liberté. C’est à travers cette fissure que se crée un espace-temps avec
des possibilités de choix qui ne survivent que dans les limites du
respect des diverses symétries.
La liberté donne à l’individu responsable toute sa dignité. La capacité
de l’être humain à évoluer dépend étroitement de sa relation à
l’environnement et aux autres humains. En d’autres termes elle dépend
de sa relation à l’esprit/matière qui est régie par les règles de
symétries. Or ces symétries introduisent des valeurs normatives que la
liberté ne connait pas. Parce que l’être humain est un être matériel et
spirituel profondément relationnel, il ne peut s’affranchir des limites
que lui dictent les règles de symétries.
Ce sont ces limites qui donnent une substance et une raison d’être à sa
liberté. Une liberté sans limites n’aurait pas de sens, ni de valeur.
La liberté est à l’image de la réalité qui nous entoure. Elle aussi se
compose d’espace-temps et d’énergie/matière, le tout chapeauté par un
système référentiel précis et fiable. La liberté semble n’être qu’une
des nombreuses facettes (ou propriétés) de la réalité.