Le sens dans la vie
En
se brisant très légèrement les symétries ont chassé le déterminisme et
ont donné une direction, un premier sens à la vie. Il s’agit d’un
chemin étroit avec ses limites et des libertés qui nous offrent des
possibilités de choix; la plupart de ceux-ci ont des conséquences
morales car des régressions sont possibles. Un mauvais choix, le choix
de la mort par exemple, peut nous conduire vers une évolution
temporelle déterministe.
Permettez-moi de vous soumettre une autre réflexion sur le sens de la
vie, une parmi beaucoup d’autres. Rebecca Horn est une artiste
berlinoise et son installation:
«La carte planétaire des abeilles»

me suggère une lecture où l’art devient autant une recherche de vérité qu’une recherche esthétique:
Seize paniers inversés suggérant des ruches projettent un faisceau
lumineux, sur des miroirs circulaires brisés qui pivotent. Parfois
elles le projettent sur des disques aquatiques avec un bâton qui brise
la surface de l’eau, c’est-à-dire qui brise la symétrie du miroir,
l’effet est le même.
Un poème est projeté sur ces miroirs brisés: «Les abeilles ont perdu
leur équilibre…» Les lettres déformées apparaissent sur les murs et le
plafond. Si les miroirs n’étaient pas brisés, on pourrait lire le poème
à l’envers, mais hélas le message est totalement inintelligible car les
lettres sont tantôt étirées dans un sens puis dans l’autre, tantôt
compressées puis gonflées et martyrisées. Dans cette sorte d’art au
second degré, ce qui compte n’est pas ce que l’artiste nous montre, il
n’y a presque rien à contempler ! La force de l’œuvre est dans ce
message caché qui, comme un éclair, saute aux yeux : «
Dans la dissymétrie, le sens se perd». C’est une belle leçon d’éthique moderne, exprimée grâce à l’art qui
rend plus évident ce que nous ne voyons pas spontanément. Alors?
Retrouver les symétries serait-ce aussi retrouver le sens de la vie?
Retrouver une certaine harmonie?