De la symétrie à l'harmonie
Une ébauche d'éthique universelle


La vérité


La vérité«Adaequatio rei et intellectus», «adéquation de la chose à l’intellect» disaient les Anciens. La vérité est une sorte de miroir de la réalité telle qu’elle est vue, écoutée, ressentie puis décrite par le sujet. La vérité devrait être objective car sa référence est ce qui naît de la brisure: ce qui «EST». En l’occurrence, elle dépend du lieu, du temps et des perceptions du sujet, qui lui renvoient une image de la vérité, comme dans la symétrie de miroir, mais légèrement déformée (côtés inversés). Ce qui est «vrai», dans ce sens, est synonyme de ce qui «EST». La vérité est «vivante», elle change suivant le lieu et le moment, mais elle ne peut pas être une chose et son contraire. Le principe de non-contradiction est son rempart. La vérité n’est qu’une autre facette de la vie, de la réalité vivante et dynamique.

Le mensonge est une représentation déformée de la réalité; il ne reflète que les pensées du sujet, il est autoréférentiel. La vérité est fragile, elle dépend de rapports de force équilibrés, faute de quoi elle perd son objectivité, sa fiabilité et devient subjective. Dans les rapports entre une personne forte et une faible, il arrive que l’individu en état de faiblesse fasse usage du mensonge dans un souci de protection. Mais le contraire est plus grave: «La raison du plus fort est toujours la meilleure !» disait La Fontaine. Dans ce cas, la vérité du plus fort devient de plus en plus subjective pour ne refléter que ses pensées, sa vision, sa paix, son prix; en d’autres termes: sa fausseté. Un grand déséquilibre corrompt la qualité de la relation.

La réalité change tout le temps puisque les interactions la façonnent, la pétrissent et la remodèlent continuellement. À vouloir fixer la vérité par des paroles ou des textes, sans préciser aucun critère de temps et d’espace, on risque de la mettre en décalage par rapport à la réalité vivante et évolutive. C’est le problème des législations, qui peinent à s’adapter aux changements de la réalité.

Il existe cependant une vérité objective et précise dont la référence est une forme de symétrie. Il s’agit des lois de la nature décrites par les mathématiques. Les équations sont dites «vraies» car elles sont parfaitement symétriques, cependant elles ne «sont» pas, ce ne sont pas des vérités vivantes. Elles n’ont pas d’existence propre, ce sont des descriptions des lois qui régissent une partie de l’univers.

La vérité, à l’instar de la liberté, apparaît donc comme une autre facette de la réalité. Elle se compose d’un système référentiel et d’interactions, c’est-à-dire de symétries parfaites ou légèrement brisées et de rapports de force.