La responsabilité

La symétrie temporelle

Le lien entre la symétrie temporelle et la responsabilité n’est pas évident.  Certes nous pensons que la valeur d’une promesse ou d’un contrat doit être la même dans la durée, par exemple lors de sa conclusion, lors de la livraison et lors du paiement.  Mais ce lien entre symétrie et responsabilité reste contre-intuitif.
Les amateurs de science fiction aiment remonter le temps en passant le film à l’envers. Or, dans la symétrie parfaite, le temps n’est pas, n’existe pas. Il naît de la brisure de symétrie originelle et s’écoule dans le sens qui nous est familier.

La valeur d’un traité comme la Charte des Nations Unies aurait dû être la même le 10  septembre que le 12 septembre 2001 ; or  la charte onusienne qui défend l’intégrité territoriale des nations et le respect de leurs gouvernements a été violée lorsque les USA ont attaqué l’Iraq.

La brisure de symétrie ne signifie pas qu’un contrat ou un traité soit systématiquement violé ! Et la symétrie temporelle ne signifie pas que contrats et traités ne puissent pas être renégociés. Ils peuvent l’être, à condition que les principes suivants s’appliquent :

  1. Chaque partenaire a un droit égal de renégociation.
  2. Si une partie souhaitait modifier une clause, la date de livraison ou la qualité du produit par exemple, la réciprocité s’appliquerait et le vendeur pourrait réclamer la modification d’une clause, du prix par exemple.
  3. Ce prix devrait être plus ou moins proportionnel à la valeur de la faveur demandée.
  4. Toutes les parties devraient être d’accord et honorer leur engagement.

Alors quelles valeurs éthiques cette symétrie temporelle suggère-t-elle ? De prime abord on peut penser à la durabilité et son impact écologique. Néanmoins le terme de «  Responsabilité » dans le sens de répondre de ses paroles et de ses actes dans le temps lui donne une couverture très grande qui inclut la protection de l’environnement et la responsabilité sociétale en général.

En bref il s’agit d’être capable de rendre des comptes, d’honorer sa parole (Dictum meum pactum) et d’être crédible. Citons encore un exemple très courant : un constructeur automobile garantit l’usage d’un véhicule pendant une certaine durée. En cas de défaut, il répare le véhicule, il rétablit la symétrie en le remettant en conformité avec les termes du contrat. Sa responsabilité le lie à son client.

Assumer les conséquences de ses choix, de ses paroles et de ses actes dans la durée c’est être responsable nous dit la pernethique.  Ce point de vue n’aurait pas été partagé par le grand philosophe Allemand E. Kant qui considérait au contraire que l’homme n’est pas responsable ! « Nul ne peut être tenu responsable de ce qui advient « , disait-il, pour autant que les intentions soient pures, c-à-d. moralement bonnes. Chez Kant l’intention est primordiale, car la valeur morale d’une action est déterminée par son motif (intention) et non par ses conséquences ou ses résultats. Sa philosophie a influencé notre système juridique pour le plus grand bonheur de nombreux acteurs économiques. Ils ont pu polluer la planète à grande échelle, piller ses ressources naturelles, s’enrichir aux dépens des plus démunis, sans jamais en assumer la responsabilité, car ils n’ont jamais eu la moindre intention de nuire. Ils voulaient juste gagner un peu d’argent.

Comme beaucoup de ses contemporains au 19ème s. E. Kant était déterministe et malheureusement il ne pouvait pas imaginer le libre arbitre de l’Homme. Il pensait qu’une force surnaturelle, divine, tirait les ficelles (déterminait nos actions) et, par conséquent, l’homme ne pouvait pas être tenu responsable!

Cette vision totalement déterministe du monde n’a plus cours, mais les théories de E. Kant sont toujours enseignées dans les meilleures écoles.