Le sens de la vie ?

Le sens de la vie est une question qui se présente de facto comme polysémique:
Téléologique:Oû va-t-elle ?
Sémiologique:Que signifie-t-elle ?
Axiologique:Que vaut-elle ?
Ontologique:D'où vient-elle ?

1. Téléologique: A première vue la vie n’a pas de finalité; elle est indéterminée, elle n’a pas de sens (direction) privilégié. Mais elle a tout de même un « sens » , une direction physique que l’on peut observer :  Lorsque les symétries se brisent et qu’il y a création nouvelle et différente de ce qui précédait on parle d’évolution. Quel est le sens de cette évolution, sa direction ? En fait c’est tout le contraire du sens unique. La vie se développe dans toutes les directions imaginables dans l’espace-temps et produit sans cesse de la diversité. Les éléments de cette diversité interagissent en permanence et produisent une complexité croissante. La vie va donc vers toujours plus de complexité. La perte de biodiversité est une régression, la vie qui se meure.

2. Sémiologique: Que signifie la vie ?  Ce sens  relève davantage de la métaphysique et fait appel à un référentiel supérieur, Dieu par exemple. Ce dernier étant inconnaissable le sens de la vie devient une affaire hautement subjective dépendant de ses croyances personnelles. Mais on peut envisager la question sous un autre angle : Quel sens donner à sa vie ? C’est une question de choix personnel et c’est un choix éminemment éthique.

3. Axiologique: Que vaut la vie ?  Pendant de nombreuses années la vie en soi ne semblait avoir que peu de valeur tant elle était abondante sur terre alors que la vie individuelle semblait avoir une valeur infinie en raison de son unicité. La rareté semblait définir son prix. Avec l’avènement de l’industrialisation la Nature vivante est sur la défensive à cause d’une surconsommation des ressources naturelles et bien sûr à cause de la pollution et de notre mépris à l’égard de cette vie exubérante. La perte de biodiversité s’accélère, notre habitat est menacé et la survie de l’humanité est mise en danger ! La valeur de la vie évolue avec l’usage que nous en faisons. Les rapports de force entre Nature et Humains se sont inversés en faveur des Humains qui, par leur comportement, influencent l’évolution générale. La valeur de la vie dépend de la valeur que nous voulons lui accorder. Une fois de plus elle dépend de nos choix éthiques et politiques.

4. Ontologique: D’où vient la vie  Il est commun d’attribuer l’apparition de la vie au Créateur. Les scientifiques ont une vision analytique encore incomplète, mais souvent j’entends la réflexion suivante : « Lorsque les conditions (température, éléments etc) sont réunies, la vie émerge spontanément », sans intervention d’un créateur. La vie viendrait d’une brisure de symétrie (asymétrie biomoléculaire) qui aurait engendré l’homo-chiralité; on parle de photons polarisés venus (spontanément ? accidentellement ?) du vaste univers; mais s’agit-il bien de cela et rien que cela ?  A ce jour de nombreuses questions restent ouvertes. La science nous apportera-t-elle, un jour, les réponses que nous attendons ? Ou ne fait-elle que repousser la dernière Inconnue ?

Résumons : En se brisant très légèrement les symétries ont chassé le déterminisme absolu et ont donné une direction, un premier sens à la vie. Il s’agit d’un chemin étroit avec ses limites et des libertés qui nous offrent des possibilités de choix ; la plupart de ceux-ci ont des conséquences morales, car des régressions sont possibles. Un mauvais choix, le choix de la mort par exemple,  peut nous conduire vers une évolution temporelle déterministe.

Permettez-moi de vous soumettre une autre réflexion sur le sens de la vie, une parmi beaucoup d’autres. Rebecca Horn est une artiste berlinoise et son installation :

Carte planétaire

« La carte planétaire des abeilles » me suggère une lecture où l’art devient autant une recherche de vérité qu’une recherche esthétique :

Seize paniers inversés suggérant des ruches projettent un faisceau lumineux, sur des miroirs circulaires brisés qui pivotent. Parfois ils le projettent sur des disques aquatiques avec un bâton qui brise la surface de l’eau, c’est-à-dire qui brise la symétrie du miroir, l’effet est le même.

Un poème est projeté sur ces miroirs brisés : « Les abeilles ont perdu leur équilibre… » Les lettres déformées apparaissent sur les murs et le plafond. Si les miroirs n’étaient pas brisés, on pourrait lire le poème à l’envers, mais hélas le message est totalement inintelligible car les lettres sont tantôt étirées dans un sens puis dans l’autre, tantôt compressées puis gonflées et martyrisées.

Dans cette sorte d’art au second degré, ce qui compte n’est pas ce que l’artiste nous montre, il n’y a presque rien à contempler ! La force de l’œuvre est dans ce message caché qui, comme  un éclair, saute aux yeux : « Dans la dissymétrie, le sens se perd ». C’est une belle leçon d’éthique moderne, exprimée grâce à l’art qui rend plus évident ce que nous ne voyons pas spontanément. Alors ? Retrouver les symétries un brin imparfaites ne serait-ce pas retrouver le sens de la vie ? Retrouver une certaine harmonie ?

[1] Contrairement aux anciennes éthiques qui fixent des buts à atteindre

[2] Le cygne noir (The black swan) de Nassim N. Taleb

[3] CD rom : Le défi de l’univers

[4] Des choix parfois très simples tels que gauche ou droite : Par exemple les acides aminés
sont  « gauche » ou lévogyres. Notre cœur est à gauche.

 

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